Le mobilier de Notre-Dame de Paris
qui l’a créé, qui le possède
Cinq pièces de bronze, mille cinq cents chaises de chêne, un reliquaire de trois mètres : ce qui a été installé pour la réouverture, et à qui tout cela appartient.
Le mobilier de Notre-Dame de Paris recouvre trois ensembles distincts : le mobilier liturgique, renouvelé pour la réouverture du 8 décembre 2024, le mobilier historique et le trésor, et les assises. La commande contemporaine réunit cinq pièces de bronze signées Guillaume Bardet — autel, ambon, cathèdre, baptistère, tabernacle —, environ mille cinq cents chaises de chêne dessinées par Ionna Vautrin, et un reliquaire de la Couronne d’épines par Sylvain Dubuisson. Depuis la loi de 1905, le bâtiment appartient à l’État, mais le mobilier liturgique appartient au diocèse, qui en assume le coût : la souscription nationale de 2019 ne l’a pas financé.
- Trois ensembles : liturgique, historique et trésor, assises.
- Cinq pièces de bronze : autel, ambon, cathèdre, baptistère, tabernacle.
- Les assises : environ mille cinq cents chaises de chêne massif.
- La propriété : le bâtiment à l’État, le mobilier liturgique au diocèse.
Trois choses différentes derrière un seul mot
Chercher le mobilier de Notre-Dame de Paris mène en réalité à trois ensembles distincts, qu’on confond volontiers parce qu’un seul mot les recouvre. Ils ne partagent ni le même usage, ni le même régime de propriété, ni le même financeur. Poser cette distinction d’entrée évite la plupart des confusions qui circulent sur le sujet.
Le mobilier liturgique
Les pièces qui servent au culte : autel, ambon, cathèdre, baptistère, tabernacle. C’est l’ensemble entièrement renouvelé pour la réouverture du 8 décembre 2024, et celui qui a nourri le débat public.
Le mobilier historique et le trésor
Grand orgue, boiseries et stalles du chœur, orfèvrerie, reliquaires anciens. Ces pièces relèvent de la conservation plutôt que de la création, et sont protégées au titre des monuments historiques.
Les assises et l’accueil
Chaises, bancs, agenouilloirs, prie-Dieu. L’ensemble le plus discret dans les commentaires, et pourtant le seul que le visiteur touche réellement.
La commande liturgique de Guillaume Bardet
Le sculpteur Guillaume Bardet a été chargé des cinq pièces centrales du culte, dont les projets ont été rendus publics au cours de l’été 2023 — les annonces s’échelonnent sur la fin juin et le début juillet, ce qui interdit de retenir une date unique. Toutes sont en bronze, à la patine sombre et au relief modelé, en contraste assumé avec la pierre blonde retrouvée après le nettoyage des parements.
L’autel organise l’espace de la croisée du transept. Il mesure 1,85 mètre de long, 1 mètre de large et 1,15 mètre de haut, reprenant les dimensions de celui que la chute de la flèche avait détruit. Sa forme joue sur deux registres, le bloc qui semble surgir du sol et la table du repas, ce qui répond à la double lecture théologique de l’objet.
L’ambon est le pupitre depuis lequel sont proclamées les lectures. Son plateau adopte la forme d’un grand livre ouvert, ce qui en fait la pièce la plus immédiatement lisible de l’ensemble. Vient ensuite la cathèdre, le siège de l’évêque : le mot vient du latin cathedra, qui donne son nom à la cathédrale elle-même, et la présence de ce siège définit précisément le statut de l’édifice.
Restent le baptistère, cuve destinée aux baptêmes, et le tabernacle, où est conservée l’eucharistie. À ces cinq pièces s’ajoute une trentaine d’objets de vaisselle liturgique en argent martelé, calices et patènes notamment, dessinés dans le même esprit.
L’ensemble a été réalisé par la fonderie d’art Barthélémy Art, installée à Crest dans la Drôme, entre le milieu de l’année 2023 et l’automne 2024. Ce calendrier de fabrication, étalé sur près de dix-huit mois, situe le projet dans la chronologie du chantier : la commande a été instruite pendant que l’édifice était encore fermé.
Les assises
mille cinq cents chaises en chêne
La designer Ionna Vautrin a reçu la commande des assises, soit environ mille cinq cents chaises en chêne massif et laiton. Les quantités communiquées restent des ordres de grandeur, et la prudence s’impose sur ce point comme sur les suivants.
Le parti pris se lit d’un coup d’œil. Le dossier est bas, à mi-dos, ce qui évite de barrer la perspective et laisse filer le regard vers les voûtes. Les barreaux verticaux répondent aux colonnes et aux colonnettes de l’édifice, et le chêne massif fait écho à la charpente, cette « forêt » de bois qui a donné son surnom au comble médiéval.
La commande ne s’arrête pas aux chaises. Elle comprend aussi environ cent soixante-dix agenouilloirs, une quarantaine de bancs et une petite centaine de prie-Dieu, individuels pour la plupart. L’ensemble a été fabriqué par l’entreprise Bosc, dans les Landes, labellisée Entreprise du patrimoine vivant.
Ce mobilier paraît secondaire à côté d’un autel de bronze. Il l’est moins qu’il n’y paraît sur un critère précis : c’est le seul qui soit manipulé, déplacé et rangé de façon répétée, donc le seul dont l’usure dépend directement du nombre de visiteurs.
Le reliquaire de la Couronne d’épines
La quatrième commande relève d’une logique différente. Le reliquaire dessiné par Sylvain Dubuisson n’est pas un objet du culte quotidien : c’est un écrin, doublé d’un dispositif de présentation au public.
Ses dimensions sortent de l’échelle du mobilier ordinaire, avec plus de trois mètres de hauteur et plus de deux mètres de largeur. Il associe le bois de cèdre, des épines de bronze, du verre et de l’or. Sa réalisation a mobilisé les Ateliers Saint-Jacques et la Fonderie de Coubertin pour le bois, le métal et la pierre, ainsi que le maître verrier Olivier Juteau pour les cabochons de verre.
La relique qu’il abrite fait partie des pièces évacuées pendant l’incendie. Le reliquaire neuf ne remplace donc pas un objet perdu : il installe une relique conservée dans un lieu et une mise en scène repensés. La nuance a son importance pour comprendre le statut de cette commande, qui ajoute sans se substituer.
Le mobilier historique
orgue, boiseries, trésor
La deuxième couche est la moins commentée, et pourtant c’est elle qui contient les pièces appartenant à l’État. Elle n’a pas été recréée : elle a été conservée, nettoyée, remontée.
Le grand orgue en est le cas le plus documenté. Le plus grand instrument de France, avec près de huit mille tuyaux, n’a pas brûlé. Il a en revanche été recouvert de poussières de plomb, ce qui a imposé un démontage complet, tuyau par tuyau, un nettoyage, puis un remontage suivi d’une réharmonisation avant la réouverture. Distinguer l’instrument détruit de l’instrument contaminé n’est pas un détail : les deux situations n’appellent ni les mêmes techniques ni les mêmes délais.
Les boiseries et les stalles du chœur, héritées du XVIIIe siècle, ont traversé l’événement. Le trésor, qui rassemble orfèvrerie, reliquaires anciens et objets de culte, avait été évacué pendant l’incendie. Ces pièces sont protégées au titre des monuments historiques, statut qui encadre leur restauration et interdit d’y intervenir librement.
C’est cette couche, et non la commande contemporaine, qui relève du périmètre financé par l’État. La suite de l’article explique pourquoi.
Les modalités de visite de la cathédrale et la présentation du trésor évoluent depuis la réouverture. Aucun horaire, tarif ni dispositif de réservation n’est indiqué ici : ces informations doivent être vérifiées auprès des sources officielles du diocèse et du monument avant tout déplacement.
Qui possède, qui décide, qui paie
Depuis la loi du 9 décembre 1905, les cathédrales antérieures à la loi sont propriété de l’État — soit soixante-sept édifices, dont Notre-Dame. L’État assume à ce titre l’entretien, les réparations et la restauration du bâtiment lui-même. Le mobilier, lui, suit une autre ligne : une partie appartient à l’État, l’autre au diocèse de Paris, et le mobilier liturgique appartient à l’Église.
| Ensemble | Propriétaire | Qui en assume le coût |
|---|---|---|
| Le bâtiment, sa structure, ses parements | L’État | L’État, avec le concours de la souscription nationale |
| Mobilier historique et trésor | Pour partie l’État, pour partie le diocèse | Selon le propriétaire de la pièce concernée |
| Mobilier liturgique et assises | Le diocèse de Paris | Le diocèse, sur ses propres ressources |
Cette distinction éclaire un malentendu répandu. La souscription nationale ouverte le 16 avril 2019 était destinée à la conservation et à la restauration de la cathédrale et du mobilier dont l’État est propriétaire. Elle n’a donc pas financé l’autel de bronze ni les chaises de chêne : la commande contemporaine relève du diocèse et des ressources qu’il a lui-même réunies.
Le circuit de décision découle du même partage. Le diocèse, affectataire du lieu, lance la consultation des créateurs et choisit. L’État, propriétaire du monument, intervient par ses instances de protection du patrimoine, qui examinent l’insertion des pièces dans un édifice classé. Aucune des deux parties ne décide seule.
Pourquoi du contemporain dans un monument historique
La procédure suivie mérite d’être détaillée, parce qu’elle répond à la question que le débat public a laissée de côté : comment une pièce neuve entre-t-elle légalement dans un édifice classé ?
-
Le diocèse lance une consultation
L’affectataire du lieu, et non l’État propriétaire, prend l’initiative de la commande liturgique et définit le programme attendu pour chaque pièce.
-
Un comité artistique examine les propositions
Les candidatures sont instruites par un comité constitué pour l’occasion, qui retient les créateurs pour chacun des lots : mobilier liturgique, assises, reliquaire.
-
Les projets sont rendus publics
Le dévoilement intervient au cours de l’été 2023. C’est à ce moment que s’ouvre le débat, sur des images de projet et non sur des pièces installées.
-
Les instances du patrimoine se prononcent
La commission nationale du patrimoine et de l’architecture examine le dossier en juillet 2023. Son rôle est consultatif et porte sur l’insertion des pièces dans un monument protégé.
-
Fabrication puis installation
La production s’étale jusqu’à l’automne 2024, en atelier, pour une mise en place avant la réouverture du 8 décembre 2024.
Le débat lui-même mérite d’être rapporté sans caricature, parce que les deux positions tiennent debout.
D’un côté, l’argument de la continuité : une cathédrale n’est pas un musée, chaque époque y a laissé sa marque, et l’exemple le plus visible reste la flèche du XIXe siècle, œuvre de Viollet-le-Duc et non du Moyen Âge. Un lieu de culte en activité reçoit du mobilier de son temps, et l’édifice actuel est déjà le produit de plusieurs campagnes successives.
De l’autre, l’argument de l’unité : l’introduction de pièces d’auteur dans un édifice médiéval expose au risque de datation rapide, et la crainte exprimée est que le monument le plus fréquenté du pays devienne un terrain d’expérimentation esthétique.
Sur ce point, la question reste ouverte, et elle ne se tranchera pas à court terme : le jugement porté sur une intervention de ce type se stabilise sur plusieurs décennies, comme le montre le sort de la flèche du XIXe siècle, longtemps critiquée avant d’être reconstruite à l’identique. Un débat parallèle porte sur les vitraux contemporains ; il suit son propre calendrier et ne concerne pas le mobilier.
À retenir
Trois ensembles, trois régimes. Le mobilier liturgique de Notre-Dame a été entièrement recréé pour la réouverture du 8 décembre 2024, avec cinq pièces de bronze de Guillaume Bardet, environ mille cinq cents chaises de chêne d’Ionna Vautrin et un reliquaire de Sylvain Dubuisson. Le mobilier historique, dont le grand orgue, a été conservé et nettoyé, non remplacé.
Le partage de propriété issu de la loi de 1905 explique le reste : l’État possède le bâtiment et une partie du mobilier, le diocèse possède et finance le mobilier liturgique. C’est la seule clé qui permette de comprendre pourquoi une souscription nationale a payé des voûtes sans payer un autel.
Qui a dessiné le nouvel autel de Notre-Dame de Paris ?
Le sculpteur Guillaume Bardet, chargé des cinq pièces liturgiques centrales : l’autel, l’ambon, la cathèdre, le baptistère et le tabernacle, toutes en bronze. L’autel mesure 1,85 mètre de long pour 1,15 mètre de haut et reprend les dimensions de celui détruit par la chute de la flèche.
L’ancien mobilier a-t-il été détruit dans l’incendie ?
En partie seulement. L’autel de la croisée du transept a été détruit par la chute de la flèche à travers la voûte. Le trésor, les grandes pièces d’orfèvrerie et la Couronne d’épines ont été évacués. Le grand orgue a survécu, mais les poussières de plomb ont imposé un démontage complet pour nettoyage.
Combien de chaises compte la cathédrale ?
Environ mille cinq cents, en chêne massif et laiton, dessinées par Ionna Vautrin et fabriquées dans les Landes. S’y ajoutent quelque cent soixante-dix agenouilloirs, une quarantaine de bancs et une petite centaine de prie-Dieu. Le dossier bas des chaises évite de barrer la perspective vers les voûtes.
Qui a payé le nouveau mobilier liturgique ?
Le diocèse de Paris, sur ses propres ressources. L’État est propriétaire du bâtiment et d’une partie du mobilier depuis la loi du 9 décembre 1905, mais le mobilier liturgique appartient à l’Église. La souscription nationale ouverte le 16 avril 2019 portait sur la cathédrale et le mobilier appartenant à l’État, pas sur cette commande.
Que désignent les mots cathèdre, ambon et baptistère ?
La cathèdre est le siège réservé à l’évêque. L’ambon est le pupitre depuis lequel sont proclamées les lectures ; celui de Notre-Dame a la forme d’un grand livre ouvert. Le baptistère désigne la cuve destinée aux baptêmes. Ces trois pièces font partie du mobilier liturgique, avec l’autel et le tabernacle.
Reste une donnée qu’aucun communiqué ne fournit : le temps qu’il faudra pour que ce mobilier cesse d’être perçu comme neuf. La flèche de Viollet-le-Duc a mis un siècle à devenir évidente.