Façade à colonnes d'un bâtiment officiel de Moscou, vue depuis la rue par un ciel dégagé.
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Chambre russe en mots fléchés

DOUMA, et les fausses pistes

Cinq lettres, une réponse, et derrière elle plusieurs institutions russes qui ont porté le même nom à des siècles d’écart. De quoi remplir la case, puis comprendre ce qu’on vient d’écrire.

Réponse rapide

La solution attendue est DOUMA, cinq lettres, écrite sans accent comme le veut la convention des grilles. Si la case en compte quatre, la graphie anglaise DUMA reste possible dans une grille traduite ; si la définition mentionne l’URSS et non la Russie, c’est SOVIET en six lettres qu’il faut envisager. Les solveurs en ligne rendent souvent une demi-douzaine d’autres mots sur cette définition : ils cherchent chaque terme séparément, et leurs propositions répondent à d’autres questions.

  • Cinq cases : DOUMA, sans accent.
  • Quatre cases : DUMA, graphie anglaise, rare en grille française.
  • Six cases avec mention de l’URSS : SOVIET.
  • Chambre haute russe : ce n’est plus la Douma mais le Conseil de la Fédération.

La réponse

DOUMA, en cinq lettres

DOUMA. Cinq cases, sans accent, comme le veut la convention des grilles françaises, qui n’en portent jamais. C’est la solution que les verbicrucistes attendent lorsqu’ils écrivent « chambre russe », et elle figure à ce titre dans les principales bases de solutions.

Le mot russe s’écrit дума, et sa translittération française usuelle est DOUMA, avec le digramme OU qui rend la voyelle. Les publications anglophones écrivent DUMA, en quatre lettres. Une grille française d’origine n’emploie presque jamais cette seconde forme, mais elle apparaît dans des grilles traduites ou reprises de l’étranger : si la case compte quatre positions et qu’un croisement impose un D initial, c’est la piste à essayer avant d’en chercher une autre.

Reste ce que le mot recouvre, et c’est là que la définition devient plus intéressante qu’elle n’en a l’air. Une chambre russe, au singulier, laisse croire à une institution unique. L’histoire russe en compte plusieurs qui ont porté ce nom, à des siècles d’intervalle, et une définition un peu plus précise suffit à changer la réponse.

CasesMot à écrireDans quel cas
4DUMAGrille traduite ou reprise d’une publication anglophone, qui emploie la translittération anglaise du même mot.
5DOUMACas courant. Définition « chambre russe », « chambre basse russe », « assemblée russe », ou la même au pluriel.
6SOVIETLa définition mentionne l’URSS ou l’Union soviétique, et non la Russie. Elle vise alors le Soviet suprême.

Pourquoi les solveurs proposent des mots qui n’ont rien de russe

Un lecteur qui tape la définition dans un moteur de solutions obtient une liste hétéroclite. Sur « chambre russe », on relève couramment URNE en quatre lettres, DIETE en cinq, TAIROV en six, KNESSET en sept, NAVETTES en huit. Trois de ces réponses n’ont aucun rapport avec la Russie, et une quatrième n’a aucun rapport avec une assemblée.

Ces bases indexent les couples définition-solution relevés dans des milliers de grilles, puis les redécoupent par mot isolé. Une requête sur « chambre russe » ne cherche pas la définition entière : elle croise ce qui a déjà été indexé sous « chambre » avec ce qui l’a été sous « russe », et rend l’union des deux ensembles. D’où des réponses correctes pour une autre définition, et fausses pour celle qu’on a sous les yeux.

Le tri se fait alors à la main, et il est rapide. KNESSET est le parlement israélien : le mot est arrivé par « chambre », pas par « russe ». DIÈTE désigne des assemblées historiques polonaise, japonaise ou du Saint-Empire, jamais russe. NAVETTES renvoie à la navette parlementaire, ce va-et-vient d’un texte entre deux assemblées, qui n’est pas une chambre mais une procédure. URNE relève du même glissement, le vocabulaire électoral s’étant agrégé à celui des assemblées.

TAIROV mérite un mot à part, car il illustre le phénomène de façon exemplaire. Alexandre Taïrov, metteur en scène russe, fonda à Moscou en 1914 le Kamerny, dont le nom se traduit en français par Théâtre de Chambre. Une définition du type « fondateur d’un théâtre de chambre russe » appelle donc bien TAIROV, et le mot se retrouve indexé sous « chambre » et sous « russe » simultanément. La coïncidence est parfaite, la réponse est juste, et elle n’a rien à faire dans une grille où l’on cherche une assemblée.

Quand une base rend plus de trois solutions pour une définition de deux mots, elle a donc élargi la recherche. Reprendre la définition entière et se demander à quelle autre question chaque proposition répondrait suffit à écarter les intruses.

Un mot qui désigne une famille d’assemblées, pas une chambre

Le mot russe дума se rattache au verbe думать, penser. Son sens premier est du côté de la délibération, pas de la pièce ni du local, et c’est déjà un écart avec le français, où « chambre » a d’abord désigné un espace avant de désigner ceux qui s’y réunissent. L’origine plus lointaine du mot slave reste discutée : les linguistes ont proposé une racine indo-européenne liée au souffle, une composition interne au slave qu’on rendrait par « esprit », ou encore un emprunt germanique. Aucune de ces hypothèses ne fait consensus, et mieux vaut s’en tenir au lien avec le verbe penser, celui-là bien établi.

Une douma, dans l’usage russe, est donc une assemblée qui délibère. Le mot a servi à baptiser des institutions très différentes, et il désigne encore aujourd’hui les conseils municipaux russes — ce qui explique qu’on le rencontre au pluriel dans certaines définitions.

La douma des boyards, conseil du prince

La plus ancienne est la douma des boyards, conseil aristocratique qui entoure le prince puis le tsar et dont on suit la trace du dixième au dix-septième siècle. Ce n’est pas un parlement : ses membres ne sont pas élus, ils appartiennent aux grandes familles et siègent à ce titre. Pierre le Grand en transfère les attributions au Sénat qu’il institue en 1711, et l’institution s’éteint.

La Douma d’État de l’Empire, 1906-1917

La Douma d’État proprement dite naît des troubles de 1905, quand Nicolas II concède une assemblée élue. La première se réunit le 27 avril 1906 au palais de Tauride, à Saint-Pétersbourg — la date est celle du calendrier alors en vigueur en Russie, en retard de treize jours sur le nôtre. Quatre doumas se succèdent jusqu’en 1917, avec des durées très inégales : les deux premières sont dissoutes après quelques mois de session, la troisième va au terme de son mandat. L’ensemble disparaît avec l’Empire.

La Douma d’État depuis 1993

L’institution actuelle est rétablie par la Constitution adoptée en décembre 1993. Elle compte 450 députés. Leur mandat, fixé à quatre ans à l’origine, a été porté à cinq à partir des élections de 2011. Le mode de scrutin a varié : il est aujourd’hui mixte, la moitié des sièges étant pourvue au scrutin uninominal majoritaire à un tour et l’autre moitié à la proportionnelle, avec un seuil de représentation de 5 %. Le siège se trouve à Moscou, à proximité de la place du Manège.

Chambre basse et non chambre haute

le piège de la définition

C’est le point sur lequel une grille exigeante peut piéger un solveur pressé. La Douma d’État est la chambre basse de l’Assemblée fédérale de Russie. La chambre haute porte un autre nom : le Conseil de la Fédération, dont l’effectif tourne autour de cent soixante-dix sièges et qui représente les sujets de la Fédération, à la manière d’un sénat fédéral. Son effectif n’est pas figé, puisqu’il dépend du nombre de ces sujets.

Une définition qui précise « haute » change la réponse

« Chambre russe » et « chambre basse du parlement russe » appellent toutes deux DOUMA : la seconde est une reformulation longue de la première. En revanche « chambre haute russe » ou « sénat russe » visent le Conseil de la Fédération, et le nombre de cases le confirme immédiatement — aucune de ces dénominations ne tient en cinq lettres.

Quand la grille parle de l’URSS, la réponse change

Une définition qui mentionne l’Union soviétique plutôt que la Russie appelle un autre mot, et souvent un autre nombre de cases. L’assemblée de l’URSS s’appelait le Soviet suprême, et le mot SOVIET, six lettres, revient régulièrement dans les grilles sur ce registre.

Le Soviet suprême était formellement bicaméral, avec deux chambres aux pouvoirs législatifs équivalents : le Soviet de l’Union, élu sur une base de population, et le Soviet des Nationalités, qui représentait les entités ethniques et territoriales de la fédération selon un barème fixe, chaque république fédérée disposant du contingent le plus élevé, les républiques autonomes, régions autonomes et districts nationaux d’un contingent décroissant. La justification officielle tenait en une phrase : le citoyen soviétique devait être représenté deux fois, par son territoire et par sa nationalité.

Ce bicamérisme était largement théorique. Les deux chambres ne se réunirent jamais séparément, quand bien même chacune élisait son président. Le Soviet suprême prononça sa propre dissolution en même temps que celle de l’URSS, le 26 décembre 1991.

Les définitions voisines qu’on croise dans les grilles

Les verbicrucistes disposent d’un petit répertoire de formulations pour appeler le même mot. Les reconnaître fait gagner le temps qu’on passerait à interroger un solveur.

Ces définitions appellent DOUMA

« Chambre russe », la formulation de référence. « Chambre basse russe » et « chambre basse du parlement russe », qui disent la même chose plus longuement. « Assemblée russe », qui passe par le genre plutôt que par la métaphore de la chambre. Et le pluriel « anciennes chambres russes », qui vise les doumas successives sans changer le mot à écrire.

Celles-ci n’appellent pas DOUMA

« Chambre haute russe » et « sénat russe » visent le Conseil de la Fédération. « Assemblée soviétique » vise le Soviet. « Chambre hongroise » ou « chambre polonaise » visent la Diète. Et toute définition où le mot chambre garde son sens de pièce, de local ou de cavité sort du registre parlementaire, quel que soit l’adjectif qui la suit.

Ce qu’il faut retenir

Sur « chambre russe », la réponse à écrire est DOUMA en cinq lettres. Le nombre de cases fait le reste du travail : quatre renvoie à la graphie anglaise, six à l’assemblée soviétique, et aucune de ces variantes ne se substitue à la principale sans un indice explicite dans la définition. Quant aux listes de solveurs, elles se trient en relisant la définition entière : ce sont des index par mot, pas des dictionnaires de définitions.

Combien de lettres fait la solution de « chambre russe » ?

Cinq : DOUMA. La graphie DUMA, en quatre lettres, est la translittération anglaise du même mot ; elle se rencontre dans des grilles traduites, rarement dans les grilles françaises d’origine.

Que signifie le mot douma en russe ?

Le mot se rattache au verbe думать, penser. Son sens tourne autour de la délibération et non du local, à l’inverse du français « chambre », qui a d’abord désigné une pièce avant de désigner ceux qui s’y réunissent. L’origine plus ancienne du mot slave reste débattue entre linguistes.

La Douma est-elle la chambre haute ou la chambre basse ?

La chambre basse de l’Assemblée fédérale de Russie, avec 450 députés. La chambre haute est le Conseil de la Fédération, dont l’effectif tourne autour de cent soixante-dix sièges. Une définition qui précise « chambre haute russe » n’appelle donc pas DOUMA.

Pourquoi les solveurs proposent-ils KNESSET ou DIÈTE ?

Parce qu’ils indexent par mot isolé et croisent les résultats : la liste rendue sur « chambre russe » réunit ce qui a été indexé sous chacun des deux termes. KNESSET est arrivé par le premier, sans aucun lien avec la Russie.

Et TAIROV, d’où sort-il ?

Alexandre Taïrov a fondé à Moscou en 1914 le Kamerny, dont le nom se traduit par Théâtre de Chambre. Le mot est donc indexé à la fois sous « chambre » et sous « russe », et répond à une définition théâtrale, pas à une définition parlementaire.

Et si la grille parle de l’URSS plutôt que de la Russie ?

L’assemblée soviétique était le Soviet suprême, et SOVIET, six lettres, est la réponse à envisager. Elle comptait deux chambres, le Soviet de l’Union et le Soviet des Nationalités, qui ne se réunirent jamais séparément.

Une définition de deux mots peut cacher mille ans d’histoire institutionnelle : c’est tout l’intérêt des grilles, et la raison pour laquelle un index automatique ne les remplacera pas.