Immobilier · Location

Location meublée au micro-BIC

seuils, abattement et vrais choix

Trois plafonds à ne pas confondre depuis la réforme des meublés de tourisme, ce que l’abattement remplace exactement, et la comparaison qui permet de trancher entre micro et réel sur ses propres chiffres.

Petit logement meublé : coin cuisine, table et chaises, canapé, et un lit derrière une cloison vitrée
Réponse rapide

Le micro-BIC est le régime d’imposition qui s’applique par défaut aux loyers d’un meublé tant que les recettes restent sous un plafond. Trois cas cohabitent depuis la loi du 19 novembre 2024 : location de longue durée et meublé de tourisme classé, abattement de 50 % sous 83 600 € de recettes pour les revenus 2026 ; meublé de tourisme non classé, abattement de 30 % sous 15 000 €. Cet abattement remplace toutes les charges, sans exception : si vos charges réelles pèsent plus lourd que lui, le régime réel devient plus favorable.

  • Un régime, pas un statut : le micro-BIC n’est pas le statut de loueur non professionnel.
  • Les loyers d’un meublé ne sont pas fonciers : ils relèvent des bénéfices industriels et commerciaux.
  • Aucun déficit possible au micro-BIC, même une année de gros travaux.
  • Déclaration sous quinze jours et numéro SIRET dès la première location.

Micro-BIC

un régime d’imposition, pas un statut

La première source de confusion tient au vocabulaire. Le micro-BIC n’est pas un statut : c’est un régime d’imposition simplifié, celui qui s’applique par défaut tant que les recettes restent sous un plafond. Le statut, c’est autre chose — loueur en meublé non professionnel ou professionnel, selon le niveau des recettes et leur part dans les revenus du foyer. Un même propriétaire peut donc être loueur non professionnel et imposé au micro-BIC, ou loueur non professionnel et imposé au réel. Les deux notions se croisent sans se recouvrir, et une phrase du type « je suis en LMNP » ne dit rien du régime d’imposition retenu.

Deuxième précision, tout aussi utile : les loyers d’un logement meublé ne sont pas des revenus fonciers. Ils relèvent des bénéfices industriels et commerciaux, au même titre qu’une activité commerciale. C’est cette qualification qui explique le reste — l’abattement forfaitaire à la place des charges réelles, l’obligation de se déclarer, la cotisation foncière des entreprises, l’amortissement possible au régime réel. Louer vide et louer meublé sont deux fiscalités distinctes, pas deux variantes de la même : les règles du déficit foncier, familières aux bailleurs de logements vides, n’ont pas d’équivalent ici.

Enfin, micro-BIC ne veut pas dire micro-entreprise. On peut relever du micro-BIC sans avoir créé quoi que ce soit : le régime s’applique de plein droit aux recettes qui restent sous le seuil, sauf option pour le réel. La déclaration de début d’activité, elle, reste due — mais elle ne fait pas du bailleur un micro-entrepreneur au sens social du terme.

Trois situations, trois plafonds

La loi du 19 novembre 2024 a séparé les meublés de tourisme du reste et abaissé nettement le régime des meublés non classés. Ces règles s’appliquent depuis les revenus 2025, ce qui rend obsolètes beaucoup de pages encore en ligne.

Type de location Plafond de recettes Abattement
Location meublée de longue durée (bail classique, bail étudiant, bail mobilité) 77 700 € pour les revenus 2025, 83 600 € pour les revenus 2026 à 2028 50 %
Meublé de tourisme classé et chambres d’hôtes 77 700 € pour les revenus 2025, 83 600 € pour les revenus 2026 à 2028 50 %
Meublé de tourisme non classé 15 000 € 30 %

Tout repose donc sur un mot : classé. Le classement n’a rien d’automatique et ne récompense pas le confort réel du logement — il s’obtient sur demande, auprès d’un organisme de contrôle accrédité qui vient visiter le logement et l’évalue sur une grille par catégorie. La décision est prononcée pour cinq ans, au terme desquels il faut la renouveler. Sans cette démarche, un meublé de tourisme relève de la ligne des non classés, même s’il est irréprochable.

Un détail compte tout autant : le seuil s’apprécie sur les recettes encaissées, pas sur le bénéfice. Ce sont les sommes réellement perçues dans l’année, avant toute déduction. En location saisonnière, cela inclut les frais annexes facturés au voyageur — ménage, draps, taxe de séjour reversée par la plateforme selon les cas — ce qui rapproche du plafond plus vite que le seul calcul des nuitées ne le laissait prévoir.

Ce que l’abattement remplace

L’abattement forfaitaire n’est pas une réduction d’impôt, et ce n’est pas non plus une déduction qui s’ajouterait à d’autres. Il tient lieu de toutes les charges, sans exception : intérêts d’emprunt, taxe foncière, assurance, travaux, frais de gestion, achat du mobilier. Vous déclarez vos recettes brutes, l’administration applique l’abattement, et le montant restant s’ajoute à vos autres revenus pour être imposé au barème, prélèvements sociaux en sus.

La conséquence est directe, et c’est elle qui commande le choix de régime. Si vos charges réelles représentent moins que le taux d’abattement de votre catégorie, le micro-BIC vous avantage. Si elles représentent davantage, vous payez de l’impôt sur des sommes que vous n’avez pas gardées.

Autre conséquence, souvent découverte après coup : un résultat déficitaire est impossible au micro-BIC. Même une année de gros travaux, le calcul reste le même — recettes moins abattement. Le déficit, comme le report des charges d’une année sur l’autre, appartient au régime réel.

À quelle condition le régime réel devient plus favorable

Le régime réel permet de déduire les charges pour leur montant exact et, surtout, d’amortir le bien : la valeur du logement hors terrain et celle du mobilier sont réparties sur des durées d’usage, et cette fraction annuelle vient en déduction du résultat sans avoir été décaissée. C’est ce mécanisme qui conduit tant de propriétaires vers le réel.

La comparaison, elle, se fait sur ses propres chiffres, sans simulateur.

  1. Additionner les charges d’une année pleine

    Intérêts d’emprunt et assurance emprunteur, taxe foncière, charges de copropriété non récupérables, assurance du logement, frais de gestion et de plateforme, entretien et petits travaux, et la part annuelle d’amortissement du bien et du mobilier.

  2. Calculer le montant de l’abattement applicable

    Appliquer à vos recettes encaissées le taux de votre catégorie — 50 % ou 30 % selon la ligne du tableau ci-dessus. C’est le total de charges auquel le micro-BIC vous donne droit, quoi que vous ayez réellement dépensé.

  3. Comparer les deux totaux

    Charges réelles supérieures à l’abattement : le réel réduit votre base imposable. Charges inférieures : le micro-BIC vous accorde plus que vous n’avez dépensé, et sans comptabilité.

  4. Retrancher le coût du régime réel

    La tenue comptable, l’adhésion éventuelle à un organisme de gestion et le temps passé n’existent pas au micro-BIC. Sur un écart faible, ce poste suffit à annuler l’avantage.

Un bien acheté à crédit, avec des intérêts encore élevés et un amortissement à passer, dépasse en général l’abattement. Un studio détenu depuis vingt ans, sans emprunt et sans travaux, ne le dépasse presque jamais.

Un dernier élément mérite d’entrer dans la réflexion, et il est récent : depuis le 15 février 2025, les amortissements déduits pendant la détention sont réintégrés dans le calcul de la plus-value au moment de la revente. L’avantage du réel est donc en partie reporté plutôt que supprimé, ce qui déplace l’arbitrage sur la durée de détention envisagée et non sur le seul impôt de l’année suivante. Des situations restent hors de ce mécanisme, notamment certaines résidences avec services — le détail des exclusions se vérifie au cas par cas.

Les formalités qu’on découvre trop tard

La première est une déclaration de début d’activité. Elle doit être faite dans les quinze jours qui suivent le premier jour de location, sur le guichet des formalités des entreprises. Elle donne lieu à l’attribution d’un numéro SIRET et permet d’indiquer le régime d’imposition retenu. Elle est gratuite, elle n’a rien d’optionnel, et son oubli complique la suite : sans SIRET, la première déclaration de revenus se fait mal, et la régularisation prend du temps.

La deuxième est la cotisation foncière des entreprises. La location meublée est par principe une activité imposable à ce titre, y compris pour un bailleur non professionnel. Une exonération existe pour qui loue exceptionnellement une partie de son habitation personnelle, sans caractère périodique, mais elle ne couvre pas une location régulière ni un logement dédié.

La troisième est la déclaration annuelle. Les recettes se portent sur la déclaration complémentaire des professions non salariées, dans la rubrique des revenus industriels et commerciaux non professionnels. Le montant à indiquer est celui des recettes brutes : l’abattement est appliqué par l’administration, il ne se déduit pas à la main. C’est une erreur fréquente, et elle se corrige mal une fois la déclaration validée.

Une dernière chose échappe à la fiscalité mais peut coûter davantage : les règles locales. Selon les communes, la location d’un meublé de tourisme suppose une déclaration en mairie, parfois un numéro d’enregistrement à faire figurer dans les annonces, et dans les zones tendues une autorisation de changement d’usage. Ce cadre ne dépend pas du régime d’imposition choisi et se vérifie auprès de la commune.

Dépassement de seuil et changement de régime

Le franchissement du plafond ne se sanctionne pas : il fait basculer au régime réel. Les modalités exactes — tolérance en cas de dépassement ponctuel, date d’effet du changement, durée pendant laquelle une option pour le réel engage le contribuable — relèvent de règles qui évoluent avec les lois de finances. Elles se vérifient sur les pages « location meublée » du site impots.gouv.fr plutôt que sur un article, quelle qu’en soit la date.

Reste un réflexe simple, valable quelle que soit la règle en vigueur : suivre en cours d’année le total encaissé plutôt que de le découvrir au moment de déclarer. Le passage au réel suppose une comptabilité qu’on ne reconstitue pas facilement après coup, et une situation particulière — indivision, démembrement, résidence avec services, recettes proches du seuil du statut professionnel — justifie l’avis d’un professionnel plutôt qu’une lecture d’article.

Quel est le plafond du micro-BIC en location meublée ?

Il dépend du type de location. Pour une location meublée de longue durée, un meublé de tourisme classé ou des chambres d’hôtes, le plafond était de 77 700 € de recettes pour les revenus 2025 et passe à 83 600 € pour les revenus 2026 à 2028, dans le cadre de l’actualisation triennale. Pour un meublé de tourisme non classé, il est de 15 000 €. Ces montants s’apprécient sur les recettes encaissées dans l’année, frais annexes compris, et non sur le bénéfice.

Quel abattement pour un meublé de tourisme non classé ?

30 %, contre 50 % pour la location de longue durée et le meublé de tourisme classé. Cet écart résulte de la loi du 19 novembre 2024, applicable depuis les revenus 2025 : les meublés de tourisme non classés ont vu leur abattement et leur plafond nettement abaissés. Beaucoup d’articles en ligne citent encore les taux antérieurs, plus favorables ; il faut vérifier la date de mise à jour avant de s’y fier.

Peut-on déduire des charges en plus de l’abattement ?

Non. L’abattement forfaitaire tient lieu de la totalité des charges : intérêts d’emprunt, taxe foncière, assurance, travaux, frais de gestion, achat de mobilier. Aucune dépense ne vient s’y ajouter, et aucun déficit ne peut être constaté au micro-BIC, même une année de gros travaux. La déduction des charges pour leur montant réel et le report des déficits relèvent du régime réel.

Micro-BIC ou régime réel : comment trancher ?

Par une comparaison que chacun peut faire : additionnez vos charges déductibles sur une année pleine, amortissement compris, et comparez ce total au montant de l’abattement qui s’appliquerait à vos recettes. Un bien acheté à crédit dépasse en général l’abattement ; un studio détenu de longue date, sans emprunt ni travaux, presque jamais. Retranchez ensuite le coût de la comptabilité, et tenez compte de la réintégration des amortissements dans la plus-value en cas de revente.

Faut-il un numéro SIRET pour louer meublé ?

Oui. Une déclaration de début d’activité doit être faite dans les quinze jours qui suivent le premier jour de location, sur le guichet des formalités des entreprises. Elle donne lieu à l’attribution d’un numéro SIRET et permet d’indiquer le régime d’imposition choisi. C’est une formalité gratuite, souvent ignorée, dont l’oubli complique la première déclaration de revenus.

Comment fait-on classer un meublé de tourisme ?

La démarche est volontaire : le propriétaire choisit une catégorie et un organisme de contrôle accrédité, qui visite le logement et l’évalue sur une grille de critères. La décision de classement vaut cinq ans et se renouvelle ensuite. L’enjeu fiscal est direct, puisque le classement fait basculer le logement de la ligne des non classés — abattement de 30 % sous 15 000 € — à celle des classés.

Le micro-BIC n’est ni un piège ni une faveur : c’est un forfait. Il vous avantage tant que vos charges réelles restent en dessous, et il vous coûte dès qu’elles le dépassent. Le calcul se refait chaque année, et il change avec l’emprunt, les travaux et l’ancienneté du bien.