Travaux · Construction

Prix de construction d’une maison

ce qu’on paie, et quand

Un projet financé sur le papier peut coincer au troisième appel de fonds. Voici quand l’argent est réclamé, dans quelles proportions, et ce qui tombe à côté du contrat.

Murs en parpaings montés sur une dalle de béton, avec échafaudages et attentes d'armatures, sur un chantier.
Réponse rapide

Le prix d’une construction ne se règle pas en une fois : dans un contrat de construction de maison individuelle avec fourniture du plan, il s’échelonne en sept appels de fonds plafonnés par la loi, du chantier ouvert jusqu’à la réception. À côté de ce prix convenu vivent des postes qui n’y entrent jamais — le terrain, les travaux réservés, les taxes d’urbanisme, l’assurance obligatoire — et une double charge pendant les mois de chantier, entre intérêts intercalaires et logement actuel.

  • Sept paliers plafonnés : 15, 25, 40, 60, 75, 95 % puis le solde, en pourcentages cumulés du prix convenu.
  • Un régime attaché à un contrat : hors contrat de construction avec fourniture du plan, aucun plafond légal par palier.
  • L’écart vient des travaux réservés, chiffrés par le constructeur et payés en fin de chantier.
  • Le solde de 5 % se consigne quand la réception s’accompagne de réserves.

Cet article ne donne pas de prix au mètre carré. Ce n’est pas un oubli : un montant ne veut rien dire tant qu’on ignore à quel moment il faudra le sortir, et c’est presque toujours le calendrier, pas le total, qui met un projet en difficulté. Les ordres de grandeur au mètre carré se traitent pour eux-mêmes, avec les précautions de lecture qu’ils exigent.

Ce qui suit répond à l’autre moitié de la question. Un prix de construction se règle en sept versements, à des moments définis par la loi, sur une période où le maître d’ouvrage continue par ailleurs de payer le logement qu’il occupe. Un projet financé sur le papier peut très bien coincer au troisième appel de fonds.

Le prix d’un contrat n’est pas le budget d’une opération

Deux grandeurs circulent sous le même mot, et les confondre est la première source d’erreur.

Le prix convenu est celui qui figure au contrat. Il couvre la construction telle qu’elle est décrite dans les pièces contractuelles : le plan, la notice descriptive, les éventuels avenants. Rien d’autre.

Le budget de l’opération, lui, comprend tout ce sans quoi la maison ne peut pas exister : le terrain et les frais liés à son acquisition, sa viabilisation, les raccordements aux réseaux, l’étude de sol, les taxes d’urbanisme, les assurances obligatoires, et le coût du crédit pendant les mois où le chantier tourne sans que personne n’habite encore la maison.

Le terrain vient avant tout le reste

C’est le premier terme de la chronologie, et il est souvent traité comme une annexe. Le terrain s’achète par acte notarié, et son prix est réglé en une fois le jour de la signature, avec les droits de mutation et les émoluments qui s’y ajoutent. Aucun échelonnement, aucun palier : la totalité part avant que le constructeur n’ait ouvert le chantier.

Quand un seul prêt finance l’ensemble, le terrain constitue donc le premier déblocage — et c’est à partir de ce moment que court la période pendant laquelle l’emprunteur paie des intérêts sans rembourser de capital. Un terrain acheté longtemps avant le dépôt du permis rallonge d’autant cette période, ce que les plans de financement établis à la va-vite oublient régulièrement.

Ce que « forfaitaire » veut dire, et ne veut pas dire

Le contrat de construction de maison individuelle, quand il est conclu avec fourniture du plan, fixe un prix forfaitaire et définitif. Forfaitaire ne signifie pas que la dépense totale est connue : cela signifie que le constructeur ne peut pas facturer davantage pour ce qui est décrit au contrat. Ce qui n’y est pas décrit reste à la charge du maître d’ouvrage, au prix du marché.

L’échéancier légal, palier par palier

Dans un contrat de construction de maison individuelle avec fourniture du plan, l’appel de fonds n’est pas libre. Le code de la construction et de l’habitation, à l’article R. 231-7, fixe des pourcentages maximaux du prix convenu exigibles à chaque stade d’avancement.

  1. 15 % à l’ouverture du chantier

    Le chantier est ouvert : implantation faite, terrassement engagé. C’est le premier versement dû au constructeur, hors dépôt de garantie éventuel.

  2. 25 % à l’achèvement des fondations

    Les fondations sont coulées et le soubassement réalisé. L’état est visible et se constate sans compétence particulière.

  3. 40 % à l’achèvement des murs

    L’élévation est montée jusqu’au niveau supérieur. La maison a sa forme, elle n’a pas encore de toit.

  4. 60 % à la mise hors d’eau

    La couverture est posée : l’eau de pluie ne rentre plus. Un appel de fonds à ce titre alors que la charpente n’est pas couverte n’a pas lieu d’être payé.

  5. 75 % à l’achèvement des cloisons et à la mise hors d’air

    Les menuiseries extérieures sont posées et les cloisons montées : le vent ne rentre plus, la distribution intérieure existe.

  6. 95 % à l’achèvement des équipements

    Travaux d’équipement, plomberie, menuiserie, chauffage et revêtements extérieurs terminés. La maison est fonctionnelle.

  7. Le solde de 5 % à la réception

    Dernier palier, et le seul qui puisse être retenu : en cas de réserves, le solde se consigne au lieu d’être versé.

Trois précisions changent la lecture de cette liste.

Ce sont des plafonds cumulés, pas un calendrier automatique. Le pourcentage indiqué correspond au total appelé depuis le début, pas à la tranche du moment : passer de la mise hors d’eau à la mise hors d’air appelle donc quinze pour cent supplémentaires, pas soixante-quinze.

Chaque palier correspond à un état constatable, et c’est tout l’intérêt du dispositif. Un maître d’ouvrage n’a besoin d’aucune expertise pour vérifier qu’une couverture est posée ou que les fenêtres sont en place. Le contrôle visuel précède le paiement, et non l’inverse.

Enfin, deux garde-fous encadrent le contrat lui-même. Le dépôt de garantie exigible à la signature ne peut excéder trois pour cent du prix convenu, et il est versé sur un compte spécial ; il n’est d’ailleurs exigible que si le constructeur ne fournit pas de garantie de remboursement délivrée par un établissement financier. Et les pénalités de retard de livraison ne peuvent être inférieures à un trois-millième du prix convenu par jour de retard.

Ces règles tiennent à un contrat, pas à la construction en général

L’échelonnement de l’article R. 231-7, le plafond du dépôt de garantie, le plancher des pénalités et la notice descriptive sont attachés au contrat de construction de maison individuelle avec fourniture du plan. Une maison réalisée en marchés séparés sous maîtrise d’œuvre, ou conduite par un architecte, n’entre pas dans ce cadre : les paiements suivent alors ce que les parties ont écrit, sans plafond légal par palier. C’est précisément dans ce cas que l’échéancier se négocie ligne à ligne avant signature, en calant chaque versement sur un état d’avancement constatable plutôt que sur une date.

Les travaux réservés

la principale source d’écart

C’est ici que se creuse la différence entre le prix affiché et la dépense finale, et elle est écrite dans le contrat dès le premier jour.

Le maître d’ouvrage peut se réserver l’exécution de certains ouvrages. La notice descriptive, dont le modèle est fixé par un arrêté du 27 novembre 1991, doit distinguer trois catégories : ce qui est compris dans le prix convenu, ce qui n’est pas prévu du tout, et ce que le maître d’ouvrage se réserve d’exécuter lui-même ou de faire exécuter par une entreprise de son choix. Cette dernière catégorie doit être chiffrée, et le montant s’ajoute au prix convenu pour donner le coût réel de la maison finie.

Les postes classiquement réservés se ressemblent d’un contrat à l’autre : peintures et revêtements muraux, revêtements de sol, cuisine équipée, aménagements extérieurs — terrasse, allée, clôture, portail —, parfois les raccordements intérieurs jusqu’au tableau, parfois le poêle ou la cheminée.

Deux pièges se cachent derrière cette liste. Le premier est arithmétique : le chiffrage porté à la notice est une estimation faite par le constructeur, pas un devis d’entreprise. Il est fréquemment optimiste, parce qu’il ne coûte rien à celui qui l’écrit et qu’il rend son prix plus attractif à la comparaison.

Le second est calendaire. Ces travaux se réalisent en fin de chantier, c’est-à-dire au moment précis où le maître d’ouvrage a déjà versé quatre-vingt-quinze pour cent du prix convenu et où son crédit commence à s’amortir. La trésorerie disponible est alors au plus bas, et c’est là qu’il faut payer un cuisiniste et un peintre.

La parade tient en deux gestes

Faire chiffrer les postes réservés par de vraies entreprises avant de signer le contrat de construction, et comparer deux propositions sur le total — prix convenu plus travaux réservés — jamais sur le seul prix convenu. Un constructeur qui réserve beaucoup affiche mécaniquement un prix plus bas qu’un constructeur qui intègre les mêmes ouvrages : la comparaison n’a de sens qu’une fois les deux périmètres ramenés au même contenu. Ces devis servent ensuite deux fois, puisqu’ils deviennent le budget de la dernière phase.

Ce que la période de chantier coûte en plus

Un prêt de construction ne se débloque pas en une fois : la banque libère les fonds au rythme des appels de fonds du constructeur. Tant que la totalité n’est pas débloquée, l’emprunteur ne rembourse pas de capital — il paie des intérêts sur la seule fraction déjà libérée. Ce sont les intérêts intercalaires, parfois appelés intérêts de préfinancement. Ils augmentent à chaque déblocage, puisque l’assiette grossit, et ils ne réduisent en rien le capital dû.

Pendant toute cette période, le maître d’ouvrage se loge ailleurs. Il paie donc un loyer, ou la mensualité d’un logement qu’il n’a pas encore vendu, en plus des intérêts intercalaires. Cette double charge court sur toute la durée du chantier et s’allonge mécaniquement en cas de retard, alors même que les pénalités contractuelles ne compensent pas toujours le surcoût réel — elles sont calculées sur le prix du contrat, pas sur les frais que le retard occasionne au maître d’ouvrage.

Différé partiel ou différé total

deux effets opposés

Le contrat de prêt peut prévoir un report, et la nuance entre les deux formules décide du surcoût.

Le différé partiel laisse l’emprunteur payer les intérêts au fil de l’eau pendant la période de déblocage, sans rembourser de capital. La charge mensuelle existe, mais elle reste faible et la dette n’augmente pas.

Le différé total reporte aussi le paiement des intérêts, qui s’ajoutent alors au capital dû. Rien ne sort de la trésorerie pendant le chantier, ce qui est confortable au moment où tout le reste arrive — mais le capital à rembourser ensuite est plus élevé, et les intérêts se calculent sur cette base majorée.

S’ajoute une assurance obligatoire qui se paie tôt : l’assurance dommages-ouvrage, que le maître d’ouvrage doit souscrire avant l’ouverture du chantier, en application de l’article L. 242-1 du code des assurances. Elle est due par celui qui fait construire, quel que soit le contrat retenu, et son coût se règle en début d’opération, au moment où toutes les autres dépenses arrivent aussi.

Les taxes qui arrivent après l’emménagement

Elles sont liées à l’autorisation d’urbanisme, pas au contrat de construction, et elles se présentent une fois la maison achevée.

La taxe d’aménagement est due au titre du permis de construire. Son assiette est la surface taxable de la construction — les surfaces closes et couvertes sous une hauteur de plafond supérieure à 1,80 mètre, avec moins de déductions que la surface de plancher, garages et combles compris — à laquelle s’applique une valeur forfaitaire par mètre carré actualisée chaque année, puis les taux votés par la commune et par le département. La redevance d’archéologie préventive suit la même assiette, avec son propre taux.

Le circuit administratif a changé de main. Depuis le 1er septembre 2022, la gestion de la taxe d’aménagement relève de la direction générale des finances publiques et non plus des services d’urbanisme. Concrètement, le redevable doit déposer une déclaration décrivant les travaux achevés dans les quatre-vingt-dix jours suivant l’achèvement, en ligne depuis son espace fiscal. L’avis est émis ensuite. Le mécanisme d’acomptes en cours de projet ne concerne que les opérations d’au moins cinq mille mètres carrés : une maison individuelle est donc taxée après coup, en une fois.

Deux autres postes peuvent tomber au même moment. La participation pour le financement de l’assainissement collectif, quand la maison est raccordée au réseau public, est instituée par délibération de la collectivité compétente en assainissement, qui en fixe le montant ou le mode de calcul ; elle est exigible du propriétaire au raccordement. Et la taxe foncière, dont les constructions nouvelles bénéficient d’une exonération temporaire — mais cette exonération n’est ni automatique ni forcément intégrale : les communes peuvent en limiter la part qui les concerne, et elle suppose que la déclaration ait été déposée dans le délai.

Les 5 % de la réception, et ce qu’ils permettent

Le dernier palier n’est pas une formalité. C’est le seul moment où le maître d’ouvrage dispose encore d’un moyen de pression.

La réception est l’acte par lequel il accepte l’ouvrage, avec ou sans réserves. S’il émet des réserves, il consigne le solde de cinq pour cent entre les mains d’un consignataire ; la somme est libérée quand les réserves sont levées. S’il réceptionne sans réserve et verse le solde, il se retrouve à demander des reprises à un constructeur qui a été intégralement payé.

Le délai de huit jours, et l’arbitrage qu’il crée

La loi ménage un rattrapage, mais il est conditionné. Le maître d’ouvrage qui n’a pas été assisté d’un professionnel le jour de la réception dispose de huit jours pour dénoncer, par lettre recommandée avec avis de réception, les vices apparents qu’il n’avait pas signalés. Deux précisions comptent : ce délai court à compter de la remise des clés consécutive à la réception, et non de la date du procès-verbal ; et il disparaît si le maître d’ouvrage s’est fait assister.

D’où un arbitrage réel. Venir accompagné d’un professionnel indépendant améliore nettement la qualité des réserves — un œil exercé voit ce qu’un particulier ne voit pas — mais supprime la fenêtre de huit jours. Venir seul la conserve, au prix d’une liste de réserves probablement moins complète. Dans les deux cas, la réception se prépare au calme, liste en main, et rien n’oblige à la conduire en une demi-heure le jour de la remise des clés.

Rien de ce mécanisme ne dépend du montant. Un chantier modeste et un chantier ambitieux obéissent au même échéancier, aux mêmes taxes, à la même double charge pendant les mois de travaux. C’est pour cela que la question du prix, prise seule, ne dit presque rien de la faisabilité d’un projet.

Quand faut-il verser l’argent pendant la construction ?

Dans un contrat de construction de maison individuelle avec fourniture du plan, l’article R. 231-7 du code de la construction et de l’habitation plafonne les sommes exigibles à chaque stade : 15 % à l’ouverture du chantier, 25 % à l’achèvement des fondations, 40 % à l’achèvement des murs, 60 % à la mise hors d’eau, 75 % à l’achèvement des cloisons et à la mise hors d’air, 95 % à l’achèvement des travaux d’équipement, de plomberie, de menuiserie, de chauffage et des revêtements extérieurs, et le solde de 5 % à la réception. Ces pourcentages sont cumulés depuis le début, pas tranche par tranche.

Le constructeur peut-il demander un acompte avant l’ouverture du chantier ?

Un dépôt de garantie est possible, mais il est encadré : il ne peut excéder 3 % du prix convenu et doit être versé sur un compte spécial. Il n’est d’ailleurs exigible que lorsque le constructeur ne fournit pas de garantie de remboursement délivrée par un établissement financier. Au-delà de ce dépôt, aucune somme n’est due avant l’ouverture effective du chantier.

Que se passe-t-il si le chantier prend du retard ?

Le contrat doit prévoir des pénalités de retard de livraison, qui ne peuvent être inférieures à un trois-millième du prix convenu par jour de retard. Elles ne couvrent toutefois pas toujours le surcoût réel supporté par le maître d’ouvrage, qui continue de payer son logement actuel et les intérêts sur les fonds déjà débloqués pendant toute la prolongation du chantier.

Pourquoi la facture dépasse-t-elle le prix du contrat ?

Le plus souvent parce que des travaux ont été réservés. La notice descriptive distingue ce qui est compris dans le prix convenu, ce qui n’est pas prévu, et ce que le maître d’ouvrage se réserve d’exécuter : peintures, sols, cuisine, terrasse, allée, clôture. Le coût de ces travaux réservés doit être chiffré dans la notice, mais ce chiffrage est une estimation du constructeur, pas un devis d’entreprise.

Combien de temps paie-t-on deux logements à la fois ?

Pendant toute la durée du chantier, et un peu au-delà si la réception glisse. Le maître d’ouvrage règle son loyer ou la mensualité de son logement actuel, et en parallèle des intérêts intercalaires sur la fraction du prêt déjà débloquée — une fraction qui grossit à chaque appel de fonds. Un différé prévu au contrat de prêt reporte cette charge sans la supprimer, et le différé total l’augmente en capitalisant les intérêts.

Peut-on refuser de payer les derniers 5 % ?

Le solde n’est pas dû sans condition. Si le maître d’ouvrage réceptionne avec réserves, il consigne les 5 % entre les mains d’un consignataire, et la somme est libérée à la levée des réserves. C’est le seul moyen de pression qui subsiste une fois la maison construite : réceptionner sans réserve et verser le solde revient à demander des reprises à un constructeur intégralement payé.

Ces règles s’appliquent-elles à toutes les constructions ?

Non. L’échelonnement, le plafond du dépôt de garantie, le plancher des pénalités et la notice descriptive relèvent du contrat de construction de maison individuelle avec fourniture du plan. Une maison réalisée en marchés séparés sous maîtrise d’œuvre ou conduite par un architecte suit l’échéancier écrit dans ses contrats, sans plafond légal par palier — raison de plus pour le caler sur des états d’avancement constatables avant de signer.

Un budget de construction se lit comme un calendrier avant de se lire comme un total. Les dates y font plus de dégâts que les montants.