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Vendre un bien immobilier

du compromis à la signature

Ce qui occupe réellement les semaines entre les deux signatures, ce qui peut encore tout arrêter, et de quoi vous restez redevable ensuite.

Réponse rapide

Le compromis engage les deux parties mais ne transfère pas la propriété : celle-ci passe à l’acte authentique, environ trois mois plus tard, sans qu’aucun texte n’impose cette durée. Quatre chantiers occupent cette période, et chacun peut faire tomber la vente.

  • Trois mois, mais aucun délai légal : c’est le temps des formalités, plus court sans emprunt.
  • Dix jours de rétractation : pour l’acquéreur seul, à compter de la notification du compromis.
  • La commune peut préempter : deux mois pour se prononcer, et elle se substitue à votre acquéreur.
  • La somme séquestrée : restituée si une condition suspensive échoue, retenue si l’acquéreur se dérobe.
  • Après la signature : deux ans à compter de la découverte d’un vice caché, un an sur la surface d’un lot.

Beaucoup de vendeurs considèrent l’affaire faite le jour où le compromis est signé. Le prix est arrêté, l’acquéreur est trouvé, il n’y aurait plus qu’à attendre. C’est en grande partie vrai, et c’est précisément pour cela que la suite surprend : le compromis engage, mais il ne vend pas.

Entre cette signature et celle de l’acte chez le notaire s’écoulent en général trois mois. Ce temps n’est pas une attente administrative : quatre chantiers s’y déroulent en parallèle, et chacun peut faire tomber la vente. Reste ensuite une période dont personne ne parle, celle où le vendeur, pourtant payé et parti, demeure exposé à un recours.

Le compromis n’est pas la vente

Le compromis fixe l’accord des parties sur le bien et sur le prix. Il ne transfère pas la propriété : ce transfert intervient à l’acte authentique, signé devant notaire. Entre les deux, le vendeur reste propriétaire, avec les charges et les risques qui vont avec.

Aucun texte n’impose la durée de trois mois généralement constatée. C’est le temps que réclament les formalités, et il peut être sensiblement plus court quand l’acquéreur paie sans emprunter, puisque le chantier le plus long disparaît. À l’inverse, une commune lente à répondre ou des pièces de copropriété difficiles à réunir l’allongent.

La date inscrite au compromis est donc une prévision, pas un engagement ferme. Elle se proroge d’un commun accord, par simple avenant, et un report de deux ou trois semaines pour cause de dossier bancaire ou de pièce manquante n’a rien d’anormal. Un report demandé sans motif identifiable, en revanche, mérite une question directe au notaire : c’est lui qui sait où en est réellement le dossier.

  1. La purge du délai de rétractation

    Dix jours pendant lesquels l’acquéreur peut renoncer sans se justifier. Le notaire attend souvent leur expiration avant d’engager certaines formalités.

  2. L’obtention du financement

    Le chantier le plus long. La condition suspensive de prêt court sur quarante-cinq à soixante jours en pratique, pour tenir les délais bancaires réels.

  3. La purge des droits de préemption

    Deux mois pour la commune saisie d’une déclaration d’intention d’aliéner, auxquels s’ajoute selon les cas le droit du locataire en place.

  4. Les vérifications du notaire

    Situation hypothécaire, urbanisme, titre de propriété, capacité des vendeurs, pièces de copropriété. C’est là qu’apparaissent les blocages sérieux.

Vous êtes encore propriétaire

Jusqu’à l’acte, le bien reste le vôtre et vous en supportez les risques : maintenez l’assurance habitation en vigueur, continuez d’entretenir le logement et signalez immédiatement au notaire tout sinistre survenu dans l’intervalle. Laissez en place les équipements inclus dans la vente, y compris ceux figurant sur une liste de mobilier annexée. Les charges et taxes restent à votre nom, leur répartition sera réglée à l’acte.

Les dix jours de rétractation de l’acquéreur

Premier chantier, et le plus rapide. L’acquéreur non professionnel d’un logement dispose de dix jours pour renoncer, sans avoir à se justifier et sans pénalité. La somme séquestrée lui est restituée.

Un détail compte : ce délai court à compter de la notification du compromis, et non de sa signature. Un compromis signé sous seing privé puis notifié quelques jours plus tard décale d’autant la fin du délai.

L’asymétrie mérite d’être dite franchement, parce que beaucoup de vendeurs l’ignorent. Le vendeur ne bénéficie d’aucun droit équivalent. Une fois qu’il a signé, il ne peut pas changer d’avis : un acquéreur qui verrait la vente lui échapper peut saisir le juge et demander qu’elle soit exécutée aux conditions convenues. Le regret n’est pas un motif juridique.

Le financement de l’acquéreur

Deuxième chantier, et le plus long. Dès que l’acquéreur déclare financer tout ou partie du prix par emprunt, l’avant-contrat est conclu sous condition suspensive d’obtention du prêt. Sa durée ne peut pas être inférieure à un mois selon l’article L313-41 du code de la consommation ; en pratique, les compromis retiennent plutôt quarante-cinq à soixante jours.

Le vendeur n’est pas spectateur pour autant. Il peut légitimement demander à être tenu informé de l’avancement, et exiger la production des refus écrits si le financement échoue. Ce n’est pas de la méfiance mais de la vérification, car la condition suspensive protège un acquéreur diligent, pas un acquéreur qui change d’avis.

Un acquéreur doit avoir déposé des demandes conformes à ce qui était prévu au compromis : montant, durée, taux plafond éventuel. S’il ne l’a pas fait, ou s’il a sollicité un financement volontairement irréaliste, la condition peut être réputée accomplie malgré le refus bancaire, et le vendeur retrouve ses droits. C’est aussi pourquoi le compromis gagne à fixer un délai de dépôt des demandes, et pas seulement une date butoir d’obtention.

Les droits de préemption qui peuvent passer devant

Troisième chantier, presque toujours oublié dans les guides de vente, et pourtant celui qui peut coûter son acquéreur au vendeur.

Lorsque le bien se situe dans un périmètre de droit de préemption urbain, le notaire adresse à la commune une déclaration d’intention d’aliéner, qui mentionne le prix et les conditions de la vente projetée. La collectivité dispose de deux mois pour se prononcer. Son silence vaut renonciation, et la vente se poursuit normalement — c’est l’issue la plus fréquente.

Si un titulaire préempte, il se substitue à l’acquéreur choisi : la vente se fait à son profit, aux conditions déclarées, et l’acquéreur écarté n’a aucun recours contre le vendeur. Celui-ci vend donc bien son bien, au prix annoncé, mais pas à la personne avec laquelle il avait signé. Pour un vendeur qui avait retenu un dossier plutôt qu’un autre, la déception est réelle ; juridiquement, il n’y a rien à opposer.

Un second titulaire peut exister quand le logement est vendu occupé : le locataire en place bénéficie, selon la configuration, d’un droit de priorité pour l’acheter. Ce régime est réellement complexe — il dépend de la nature de la vente, de l’occupation du bien, du type de congé éventuellement délivré et d’une éventuelle division de l’immeuble — et deux situations voisines ne se traitent pas de la même façon. C’est un point à faire trancher par le notaire avant la mise en vente, et non après avoir retenu une proposition d’achat, sous peine de devoir revenir sur sa parole.

Ce que vérifie le notaire, et les documents à remettre à temps

Quatrième chantier, le plus silencieux et celui qui révèle les blocages les plus lourds. Le notaire ne se contente pas de rédiger : il contrôle que le vendeur peut effectivement vendre, et que le bien correspond à ce qui est décrit.

Une inscription hypothécaire encore en cours doit être levée, ce qui se règle en principe sur le prix de vente au moment de l’acte, mais suppose d’obtenir le décompte de l’établissement prêteur. Un écart entre la réalité du bien et sa situation administrative — véranda, garage transformé, surélévation jamais déclarée — remonte à ce stade et peut exiger une régularisation d’urbanisme. Une servitude non mentionnée dans le titre, un droit de passage, une mitoyenneté mal établie apparaissent de la même façon.

Les blocages les plus fréquents sont pourtant ailleurs : dans la qualité du vendeur. Un bien détenu en indivision ne se vend qu’avec l’accord de tous les indivisaires, une succession non réglée impose d’établir la dévolution successorale avant toute signature, et un régime matrimonial peut réclamer le consentement du conjoint même lorsque le titre ne porte qu’un seul nom. Ces situations se dénouent, mais elles prennent des semaines : les signaler au notaire dès la mise en vente évite de découvrir le problème à six semaines de la date prévue.

Reste le calendrier des documents, qui compte autant que leur contenu. Certains doivent parvenir à l’acquéreur avant qu’il ne s’engage.

DocumentQuand le remettreÀ qui il s’impose
Audit énergétique réglementaireDès la première visite, au plus tard à la promesseMaisons individuelles et immeubles entiers en monopropriété classés E, F ou G
Diagnostic de performance énergétiqueDès l’annonce et la première visiteTout logement mis en vente
Pièces du syndicAvant le compromis si possible, sinon au plus tôtTout lot de copropriété

L’audit énergétique est l’obligation la plus souvent mal respectée. Il concerne les maisons individuelles et les immeubles entiers en monopropriété classés F ou G depuis le 1er avril 2023, et classés E depuis le 1er janvier 2025 ; les appartements situés dans une copropriété classique n’y sont pas soumis. Il doit être remis dès la première visite ou, à défaut, au plus tard à la signature de la promesse, afin que l’acquéreur en dispose avant de s’engager.

Le diagnostic de performance énergétique, de son côté, reste valable dix ans. Une règle transitoire piège toutefois les vendeurs de longue date : les diagnostics établis entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 ne sont plus valables depuis le 1er janvier 2025. Un dossier constitué il y a quelques années peut donc contenir un document périmé sans que rien ne le signale.

Pour un lot de copropriété, enfin, ce sont les pièces du syndic — règlement, procès-verbaux d’assemblée, montants de charges, état des travaux votés — qui conditionnent le plus souvent la date de l’acte. Les demander tôt, sans attendre que le notaire s’en charge, est le moyen le plus simple de ne pas décaler la signature.

Quand la vente tombe

le sort de la somme séquestrée

C’est la question qui inquiète le plus, et la moins bien traitée. Avant tout, un point pratique : cette somme n’est pas entre les mains du vendeur. Elle est séquestrée chez le notaire ou chez un professionnel habilité à recevoir des fonds, et elle ne se libère que sur accord écrit des deux parties ou sur décision de justice. Personne ne peut donc se payer tout seul.

Pour le reste, tout dépend de la cause de l’échec, et deux situations doivent être distinguées.

Échec sans faute

Une condition suspensive ne se réalise pas

Prêt refusé alors que l’acquéreur a déposé des demandes conformes, préemption exercée, condition particulière non vérifiée. La vente devient caduque et la somme séquestrée revient à l’acquéreur. Le vendeur remet son bien en vente sans indemnité.

Défaillance

L’acquéreur se dérobe sans motif prévu

Il a changé d’avis, ou n’a pas fait les démarches auxquelles il s’était engagé. La clause pénale du compromis prend effet, la somme séquestrée peut être acquise au vendeur et l’exécution forcée reste envisageable.

Dans cette seconde situation, rien n’est automatique. L’issue dépend des stipulations du compromis et de l’appréciation du juge, qui peut modérer une clause pénale manifestement excessive. Un vendeur défaillant, de son côté, s’expose exactement au même mécanisme financier, en plus de l’action visant à faire constater la vente.

Ce dont le vendeur reste responsable après la signature

L’acte signé et le prix perçu ne referment pas complètement le dossier. Deux recours restent ouverts à l’acquéreur, avec des délais précis.

Les vices cachés

Un vice caché est un défaut non apparent, antérieur à la vente, qui rend le bien impropre à son usage ou en diminue tellement l’usage que l’acquéreur ne l’aurait pas acheté, ou l’aurait acheté à moindre prix. L’acquéreur peut agir dans un délai de deux ans à compter de la découverte du vice, sans jamais pouvoir agir au-delà de vingt ans à compter de la vente. Le point de départ étant la découverte et non la vente, l’exposition peut courir longtemps.

Les actes de vente comportent presque toujours une clause d’exonération pour ces vices. Le vendeur particulier a tendance à la considérer comme un bouclier définitif ; elle ne l’est pas. Cette clause ne protège que le vendeur non professionnel de bonne foi, et devient inopposable dès lors qu’il connaissait le défaut et ne l’a pas signalé. Face à un vendeur particulier, c’est à l’acquéreur d’établir cette mauvaise foi — mais un devis retrouvé, un échange de messages ou des traces de dissimulation suffisent souvent à l’établir.

Le réflexe protecteur

Déclarer un défaut que vous connaissez protège mieux que le taire. Un défaut signalé et accepté par l’acquéreur sort du champ du vice caché, puisqu’il n’est plus caché. Un défaut dissimulé fait au contraire tomber la clause d’exonération, qui est votre seule protection contractuelle. Faites annexer la mention à l’avant-contrat plutôt que de vous contenter d’un échange verbal pendant la visite.

La surface d’un lot de copropriété

Second recours, limité aux lots de copropriété. Si la superficie réelle se révèle inférieure de plus de cinq pour cent à celle mentionnée dans l’acte, l’acquéreur peut demander une réduction du prix, proportionnelle à la totalité du déficit et non à la seule fraction qui dépasse le seuil.

Le délai est court et strict : un an à compter de la signature de l’acte authentique. Passé ce terme, aucune réclamation n’est recevable. C’est une raison suffisante pour faire établir le mesurage par un professionnel plutôt que de reprendre une surface figurant sur un ancien acte, d’autant que les erreurs anciennes se transmettent d’un acte à l’autre sans que personne ne les vérifie.

Combien de temps s’écoule entre le compromis et l’acte de vente ?

Environ trois mois en pratique, mais aucun texte n’impose cette durée : c’est le temps que réclament les formalités. Le délai se raccourcit nettement quand l’acquéreur achète sans emprunter, puisque le chantier le plus long disparaît. Il s’allonge quand une commune tarde à répondre à la déclaration d’intention d’aliéner ou quand les pièces de copropriété sont difficiles à réunir. La date inscrite au compromis est une prévision, prorogeable par avenant.

Le vendeur peut-il se rétracter après avoir signé le compromis ?

Non. Le délai de rétractation de dix jours bénéficie au seul acquéreur non professionnel d’un logement, et court à compter de la notification du compromis. Le vendeur, lui, ne dispose d’aucun droit équivalent : s’il refuse de signer l’acte, l’acquéreur peut saisir le juge et demander l’exécution de la vente aux conditions convenues.

Que se passe-t-il si l’acquéreur n’obtient pas son prêt ?

Si la condition suspensive de prêt joue normalement, la vente devient caduque et la somme séquestrée revient à l’acquéreur, sans indemnité pour le vendeur. Encore faut-il que l’acquéreur ait déposé des demandes conformes à ce qui était prévu au compromis. S’il ne l’a pas fait, ou s’il a sollicité un financement volontairement irréaliste, la condition peut être réputée accomplie malgré le refus bancaire. D’où l’intérêt d’exiger la production des refus écrits.

La mairie peut-elle acheter le bien à la place de mon acquéreur ?

Oui, si le bien se trouve dans un périmètre de droit de préemption urbain. Le notaire adresse à la commune une déclaration d’intention d’aliéner mentionnant le prix et les conditions, et la collectivité a deux mois pour se prononcer ; son silence vaut renonciation, ce qui est l’issue la plus fréquente. Si elle préempte, elle se substitue à l’acquéreur choisi aux conditions déclarées : vous vendez au prix annoncé, mais pas à la personne avec laquelle vous aviez signé.

Un bien en indivision ou issu d’une succession peut-il être vendu ?

Oui, mais avec l’accord de tous les indivisaires, et après reconstitution complète de la dévolution successorale lorsque la succession n’est pas réglée. Selon le régime matrimonial, le consentement du conjoint peut également être requis même si le titre de propriété ne porte qu’un seul nom. Ces situations se dénouent mais prennent des semaines : elles doivent être signalées au notaire dès la mise en vente, pas au moment de préparer l’acte.

Pendant combien de temps reste-t-on responsable d’un vice caché ?

L’acquéreur peut agir dans les deux ans à compter de la découverte du vice, sans jamais pouvoir agir au-delà de vingt ans à compter de la vente. Le point de départ étant la découverte, l’exposition peut donc courir longtemps. La clause d’exonération figurant à l’acte ne protège que le vendeur non professionnel de bonne foi, et devient inopposable s’il connaissait le défaut sans le signaler.

Quand faut-il remettre l’audit énergétique à l’acquéreur ?

Dès la première visite ou, à défaut, au plus tard à la signature de la promesse, afin que l’acquéreur en dispose avant de s’engager. L’obligation concerne les maisons individuelles et les immeubles entiers en monopropriété classés F ou G depuis le 1er avril 2023, et classés E depuis le 1er janvier 2025. Les appartements situés dans une copropriété classique n’y sont pas soumis.

Une vente qui va au bout sans accroc est presque toujours une vente dont les points sensibles ont été posés sur la table avant le compromis, et non découverts dans les semaines qui le suivent.