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Chambre nationale des commissaires de justice

vos recours

Représentation nationale, réclamation régionale, contentieux judiciaire : trois étages qu’on confond souvent, avec à la clé des courriers mal adressés et des délais perdus.

Boîte aux lettres d'immeuble entrouverte, courrier glissé à l'intérieur, numéros peints sur les portes voisines.
Réponse rapide

La Chambre nationale des commissaires de justice représente la profession auprès des pouvoirs publics : formation, déontologie, assurance collective, carte professionnelle. Elle n’instruit pas les litiges individuels. Une réclamation visant un commissaire de justice s’adresse à la chambre régionale dont dépend l’étude, selon une procédure encadrée depuis le 1er juillet 2022. Contester un acte ou une saisie relève, lui, du juge de l’exécution — et ce délai-là ne s’arrête pas pendant qu’une chambre vous répond.

  • National ≠ guichet : l’instance nationale représente la profession, la chambre régionale reçoit les réclamations.
  • Une procédure écrite : accusé de réception, information du professionnel, tentative de conciliation quand la nature du dossier le justifie.
  • Deux issues après échec : saisir le procureur général, ou saisir directement la juridiction disciplinaire.
  • Discipline et contentieux sont séparés : une chambre ne lève jamais une saisie, le juge de l’exécution si.
  • Rien n’est suspendu : les délais de contestation courent pendant l’instruction de votre réclamation.

La plupart des personnes qui cherchent la Chambre nationale des commissaires de justice viennent d’ouvrir un acte, de trouver un avis de passage dans leur boîte aux lettres, ou de recevoir une note de frais qu’elles ne comprennent pas. Elles espèrent un guichet. Ce n’est pas la fonction de cette instance.

Une instance nationale, un interlocuteur régional

La Chambre nationale porte la voix de la profession auprès des pouvoirs publics. Elle prend en charge la formation initiale et continue, l’assurance collective, la carte professionnelle, les travaux déontologiques, les contrôles de comptabilité. Elle parle au nom d’un métier entier, jamais au nom d’un dossier. Installée le 1er janvier 2019 en application de l’ordonnance du 2 juin 2016, elle est devenue l’instance unique de la profession le 1er juillet 2022, jour où les huissiers de justice et les commissaires-priseurs judiciaires ont fusionné dans le métier de commissaire de justice. Le sort de l’ancienne Chambre nationale des huissiers de justice est traité à part sur ce site.

L’échelon qui reçoit les réclamations est ailleurs. Ce sont les chambres régionales, dont dépend chaque étude, qui examinent le comportement d’un professionnel donné. Et lorsque l’affaire se durcit, un troisième niveau prend le relais : les autorités judiciaires — procureur général et juridictions disciplinaires — qui ne relèvent plus de la profession du tout.

Retenir cette architecture en trois étages fait gagner des semaines. Un courrier envoyé au national sera au mieux réorienté, au pire classé. Le même courrier adressé à la chambre régionale ouvre une procédure encadrée par un texte.

Déposer une réclamation contre un commissaire de justice

Depuis le 1er juillet 2022, la réclamation d’un particulier n’est plus une simple lettre de doléances. L’ordonnance n° 2022-544 du 13 avril 2022, relative à la déontologie et à la discipline des officiers ministériels, en a fait une procédure assortie d’obligations pour l’instance saisie.

La réclamation s’adresse à l’autorité professionnelle compétente, c’est-à-dire à la chambre régionale dont relève l’étude concernée. Cette autorité doit en accuser réception et informer le professionnel visé. Lorsque la nature de la réclamation le justifie, elle convoque les parties à une tentative de conciliation à laquelle participe au moins un membre de la profession. La convocation est adressée au moins quinze jours avant la date retenue, sauf accord des parties sur un délai plus court. Ce délai de quinze jours porte sur la convocation, non sur le traitement du dossier : rien n’impose que l’affaire soit réglée dans le mois.

  1. Identifier précisément l’étude

    Relevez le nom du professionnel, la dénomination de l’étude et son adresse, tels qu’ils figurent sur l’acte ou l’avis de passage. Notez la référence de dossier : c’est elle qui permettra de retrouver l’affaire, et son absence ralentit tout.

  2. Écrire la chronologie, pas le ressenti

    Reprenez les faits dans l’ordre, avec des dates et, si possible, des heures. Un horaire de passage, une demande d’explication restée sans réponse, un décompte illisible : ce sont des faits datés, pas des impressions, qui donnent prise à une instance.

  3. Joindre des copies, garder les originaux

    L’acte, l’avis de passage, les courriers échangés, le décompte reçu. Toujours en copie : les originaux peuvent servir plus tard devant un juge, et rien n’oblige à s’en dessaisir.

  4. Formuler une demande précise

    Des explications sur un point identifié, la communication d’un décompte détaillé, la rectification d’une pratique. Une réclamation qui ne demande rien de vérifiable se solde par une réponse de principe.

  5. Envoyer en gardant une trace

    Un envoi recommandé avec avis de réception date le dépôt et fait courir l’obligation d’accuser réception. Conservez une copie complète du dossier envoyé : elle servira si la réclamation doit être reprise devant une autre autorité.

Une réclamation qui n’aboutit pas est souvent une réclamation qui parle d’autre chose. Discuter la dette, contester le jugement qui la fonde, reprocher au créancier son attitude : rien de cela ne relève de l’instance ordinale, qui n’a aucun pouvoir sur le fond du litige. Elle examine la manière dont le commissaire de justice a exercé, pas la légitimité de ce qu’il exécute.

Si la conciliation n’aboutit pas

enquête, discipline, sanctions

Quand la conciliation échoue, ou quand elle n’a pas lieu, l’auteur de la réclamation doit être informé sans délai de ce qui lui reste : saisir le procureur général, ou saisir directement la juridiction disciplinaire. C’est le point le plus méconnu de la réforme. Un particulier n’est pas prisonnier de la réponse que lui fait la profession.

L’action disciplinaire est d’ailleurs exercée par le procureur général concurremment avec la chambre régionale. L’instance professionnelle n’a donc pas le monopole des poursuites contre ses propres membres — ce qui ne signifie pas que le parquet général reçoive les réclamations en première ligne : il intervient sur les mêmes faits, par une autre voie.

Auprès de chaque juridiction disciplinaire de première instance existe un service d’enquête, qui mène ses investigations de façon indépendante. Le professionnel convoqué doit répondre et remettre les documents demandés, sans pouvoir opposer le secret professionnel. Les personnes qui ont enquêté ne siègent pas dans la formation qui juge. La décision peut ensuite être portée devant une cour nationale de discipline, puis, en dernier ressort, devant la Cour de cassation.

L’échelle des peines est fixée par le texte : avertissement, blâme, interdiction temporaire d’exercer pour une durée qui ne peut dépasser dix ans, destitution, retrait de l’honorariat. L’ordonnance prévoit en outre une amende, dont le plafond est exprimé soit en euros, soit en pourcentage du chiffre d’affaires, ainsi que la publicité de la décision. Le montant en vigueur se lit dans le texte lui-même, qui reste la seule référence fiable sur ce point.

Vous vous adressez àCe qui y est examinéCe que vous pouvez en attendre
La chambre régionaleLe comportement du professionnel, les manquements déontologiquesUn accusé de réception, une conciliation, une poursuite éventuelle
Le procureur généralLes mêmes faits, par une voie extérieure à la professionL’engagement de poursuites disciplinaires indépendantes
La juridiction disciplinaireLes manquements caractérisésUne sanction allant de l’avertissement à la destitution
Le juge de l’exécutionLa régularité de l’acte, de la saisie, de la mesureUne mainlevée, une annulation, des délais de paiement

Ce que la discipline ne règle pas

l’acte, le délai, la dette

Une réclamation disciplinaire porte sur le comportement d’un professionnel. Elle ne porte jamais sur la validité de l’acte délivré, ni sur le bien-fondé de la créance recouvrée. Un commandement de payer, une saisie-attribution sur un compte bancaire, une saisie-vente au domicile, un procès-verbal : tout cela se conteste devant le juge de l’exécution. Lui seul peut ordonner une mainlevée, annuler une mesure irrégulière ou accorder des délais de paiement. Aucune chambre ne le peut.

Le calendrier judiciaire, lui, ne s’arrête pas pendant qu’une instance ordinale examine votre courrier. La saisie-attribution en donne la mesure exacte : les contestations doivent être formées dans le délai d’un mois à compter de la dénonciation de la saisie au débiteur, à peine d’irrecevabilité, dénoncées le même jour ou au plus tard le premier jour ouvrable suivant par lettre recommandée avec avis de réception au commissaire de justice qui a procédé à la saisie, et portées devant le juge de l’exécution du lieu où demeure le débiteur. Ces règles figurent à l’article R. 211-11 du code des procédures civiles d’exécution. Elles valent pour cette mesure : chaque procédure a son propre délai, indiqué sur l’acte reçu.

Ne pas attendre la réponse d’une chambre

Une réclamation disciplinaire ne suspend ni la procédure d’exécution en cours, ni les délais pour la contester. Ces délais se comptent en jours, parfois en un mois seulement, à partir de la date figurant sur l’acte. La démarche à tenir est donc double et simultanée : engager la contestation judiciaire dans les formes et le délai prévus, et mener la réclamation à côté, comme une action distincte.

Les tarifs ne sont pas fixés par la profession

Les montants réclamés ne sont décidés ni par le commissaire de justice, ni par sa chambre.

Un barème fixé par arrêté

Les émoluments de la profession relèvent d’un tarif réglementé, arrêté par les ministres compétents et codifié dans la partie arrêtés du code de commerce, aux articles A444-10 et suivants. Ce tarif est révisé périodiquement par un nouvel arrêté, ce qui explique qu’un même acte ne se facture pas au même prix d’une période à l’autre. Consulter le barème en vigueur à la date de l’acte est plus fiable que se fier à un montant recopié sur un forum.

Ce qui échappe au tarif

Les significations et les mesures d’exécution sont tarifées. Le constat, lui, relève d’un honoraire libre, qui se convient avant l’intervention. Demander le montant à l’avance et le faire écrire n’a rien d’agressif : c’est la pratique normale sur une prestation dont le prix n’est pas fixé par un texte.

Qui supporte les frais

Le code des procédures civiles d’exécution pose deux règles utiles. Les frais de l’exécution forcée sont à la charge du débiteur, sauf s’il est manifeste qu’ils n’étaient pas nécessaires au moment où ils ont été engagés. Et les frais de recouvrement engagés sans titre exécutoire restent à la charge du créancier, sauf lorsqu’un texte impose l’acte à ce dernier.

Une mise en demeure amiable ne se refacture pas par principe

Avant tout jugement, il n’existe pas de titre exécutoire : les frais de relance restent en principe supportés par le créancier, sous la réserve prévue par le texte. Avant de contester, demandez à l’étude le compte détaillé poste par poste — une facture globale ne permet ni de vérifier le tarif appliqué, ni de repérer un acte qui n’avait pas lieu d’être. En cas de désaccord persistant, c’est le juge qui tranche.

Les règles qu’un commissaire de justice doit respecter

La profession travaille sous un cadre écrit, ce qui donne des repères vérifiables plutôt que des impressions.

Sur les horaires, l’article 664 du code de procédure civile est net : aucune signification ne peut être faite avant six heures ni après vingt et une heures, ni les dimanches, les jours fériés ou chômés — sauf permission du juge, en cas de nécessité. Un passage un dimanche matin ou à vingt-deux heures n’est pas une pratique tolérée, c’est une irrégularité qui se signale, date et heure à l’appui.

Quand personne n’ouvre, la loi organise la suite plutôt que de l’abandonner au hasard. Si nul ne peut ou ne veut recevoir la copie et que le commissaire de justice vérifie que le destinataire demeure bien à l’adresse, l’acte est délivré à domicile : un avis de passage est laissé, mentionnant que la copie doit être retirée à l’étude, où elle est conservée trois mois. Le même jour, ou au plus tard le premier jour ouvrable suivant, une lettre simple reprenant les mêmes mentions doit être envoyée, accompagnée d’une copie de l’acte de signification. Ces mécanismes figurent aux articles 656 et 658 du code de procédure civile. Une lettre jamais reçue ne prouve rien à elle seule, mais elle fait partie des points qu’un juge examine.

Sur la conduite professionnelle, deux textes récents servent de référence : le code de déontologie des commissaires de justice, fixé par le décret n° 2023-1296 du 28 décembre 2023, et les règles professionnelles approuvées par l’arrêté du 27 février 2024. À côté, un collège de déontologie, dont l’organisation vient du décret n° 2022-545 du 13 avril 2022, élabore et actualise ces règles. Citer le texte applicable dans un courrier change la nature de l’échange.

Vérifier que le professionnel existe vraiment

Le contrôle qui devrait précéder tout paiement est aussi le plus vite expédié. L’usurpation de la qualité de commissaire de justice alimente une part des messages de recouvrement qui circulent : courriels annonçant une saisie imminente, appels pressants, courriers reprenant un vocabulaire judiciaire approximatif. Un vrai professionnel ne demande jamais un règlement immédiat par un moyen inhabituel, et il ne s’inquiète pas d’être vérifié.

Ce que vous contrôlez

Le nom exact du professionnel, la dénomination et l’adresse de l’étude, son rattachement à une chambre régionale. L’annuaire officiel de la profession permet de recouper ces trois éléments en quelques minutes.

Ce qui doit alerter

Une demande de paiement immédiat, un moyen de règlement inhabituel, l’absence de référence de dossier, une adresse d’étude introuvable, ou un message électronique annonçant une mesure d’exécution sans acte préalable.

Le bon réflexe

Rappeler l’étude sur le numéro figurant dans l’annuaire officiel, jamais sur celui indiqué par le courrier ou le message reçu. Une étude réelle confirmera l’existence du dossier à partir de sa référence.

Dans quel ordre agir

La chronologie compte davantage que le choix du destinataire, parce qu’une seule des démarches est enfermée dans un délai. Le premier geste va donc au calendrier judiciaire : lire la date portée sur l’acte, repérer le délai de contestation qui y figure, et engager la contestation devant le juge de l’exécution si elle a lieu d’être. Ce délai perdu ne se rattrape pas.

Vient ensuite la constitution du dossier matériel, pendant que les souvenirs sont frais : avis de passage conservés, dates et heures notées, enveloppes gardées, courriers et décomptes rassemblés, référence de dossier relevée. Ce sont ces éléments, et non le récit d’un échange tendu, qui donnent du poids à une réclamation.

La réclamation à la chambre régionale intervient en troisième position, sans urgence particulière, avec la demande précise formulée plus haut. Et si la réponse ne vient pas, ou ne satisfait pas, les deux portes suivantes restent ouvertes : le procureur général et la juridiction disciplinaire.

Quant à la Chambre nationale, elle garde son rôle : représenter la profession, produire ses règles, encadrer sa formation. Utile à connaître pour comprendre le système. Rarement le bon destinataire quand le courrier est urgent.

Huissier de justice et commissaire de justice, est-ce le même métier ?

C’est le même métier depuis le 1er juillet 2022. À cette date, les huissiers de justice et les commissaires-priseurs judiciaires ont fusionné en une profession unique, celle de commissaire de justice, représentée par une instance nationale unique. Un professionnel qui se présente encore comme huissier de justice ne se trompe pas sur sa mission, mais l’appellation officielle a changé.

La Chambre nationale peut-elle annuler une saisie ?

Non, et aucune chambre ne le peut. L’annulation ou la mainlevée d’une mesure d’exécution relève du juge de l’exécution, saisi dans le délai indiqué sur l’acte. Une instance ordinale se prononce sur le comportement d’un commissaire de justice, jamais sur la régularité de la mesure qu’il a mise en œuvre.

Un commissaire de justice peut-il se présenter un dimanche ou à vingt-deux heures ?

L’article 664 du code de procédure civile interdit toute signification avant six heures et après vingt et une heures, ainsi que les dimanches, jours fériés et chômés. Une exception existe : la permission du juge, en cas de nécessité. En dehors de ce cas, un passage à ces horaires se signale par écrit, en notant la date et l’heure exactes.

Faut-il un avocat pour déposer une réclamation ?

Non. La réclamation s’adresse directement à la chambre régionale, par courrier, sans représentation obligatoire. L’avocat devient utile lorsque le dossier bascule sur le terrain judiciaire — contestation d’un acte devant le juge de l’exécution, saisine de la juridiction disciplinaire — ou quand les délais se resserrent.

Écrire à une chambre suspend-il les délais de contestation ?

Non, aucun délai n’est suspendu par une réclamation. Les délais figurent sur l’acte reçu et courent indépendamment. La démarche disciplinaire et la contestation judiciaire se mènent en parallèle, jamais l’une après l’autre.

Peut-on facturer des frais de recouvrement avant tout jugement ?

Le code des procédures civiles d’exécution prévoit que les frais de recouvrement engagés sans titre exécutoire restent à la charge du créancier, sauf lorsqu’un texte impose l’acte à ce dernier. Une mise en demeure amiable ne se répercute donc pas au débiteur par principe. En cas de désaccord sur les frais, le juge tranche.

Combien de temps la copie d’un acte reste-t-elle disponible à l’étude ?

Trois mois, lorsque l’acte a été délivré à domicile en l’absence de toute personne pouvant le recevoir. Passé ce délai, l’article 656 du code de procédure civile décharge le commissaire de justice de cette conservation. L’avis de passage laissé dans la boîte aux lettres indique où et comment retirer la copie.

Une instance ordinale répond du métier, un juge répond de l’acte. Quand les deux sont saisis dans le bon ordre, le dossier avance ; quand ils sont confondus, c’est presque toujours le délai judiciaire qui en fait les frais.